Le président Patrice Talon a choisi, à l’occasion de la fête du 1er août, de se prononcer au cours d’une émission télévisée sur des sujets qui défraient la chronique et sur les réformes de son gouvernement. Sans tabou et avec la verve qu’on lui connaît, il y est allé sans réserve, réaffirmant à l’occasion sa volonté de rentrer dans l’histoire du pays par la grande porte.

Premier sujet abordé par le chef de l’Etat au cours de l’émission diffusée dans la nuit du mardi 31 juillet dernier sur les écrans de la Télévision nationale : la lutte contre la corruption. Il assure y aller de mains fortes, mais sans parti pris dans le seul intérêt des populations et du développement du pays. Il s’agit, évoque-t-il, d’un « préalable à l’action de gouvernance». Selon lui, le Bénin n’a pas moins de talent que les autres peuples et il faut donc combattre les travers pour que le peu de richesses disponibles serve à construire le pays. « Ce n’est pas avec bonheur qu’on le fait. Je m’acharne à extirper notre pays de la certitude de l’impunité. Le Parlement nous a emboité le pas et cela est de nature à nous donner l’assurance que la lutte contre l’impunité sera effective dans notre pays. Notre pays a déjà changé. Les gens sont préoccupés par bien faire et c’est un acquis formidable », se satisfait-il, entre autres. 

Mais la lutte est-elle sélective, visant beaucoup plus les opposants politiques ? Là encore, le président Patrice Talon y est allé sans ambages. « Je ne suis pas Dieu », se défend-t-il avec la certitude que sur la question de l’impunité et de la lutte contre la corruption, il n’a pas d’état d’âme. Même ceux qui auront contribué à son élection et qui se trouveraient concernés en répondront, assure-t-il. Quid de ceux cités dans maints dossiers et qui ne sont jusque-là pas inquiétés ? « C’est un processus. Il faut laisser le temps au processus de balayer large. Ce n’est pas ma dynamique et ce n’est pas mon intention de poursuivre parce qu’on est de l’opposition. Moi-même et ceux qui sont de ma gouvernance répondront demain de leurs actes», prévient-il par ailleurs. Pour le chef de l’Etat ceux qui doutent de sa détermination à en finir avec l’impunité ont tort. Pour preuve, fait-il observer, le Parlement béninois n’avait jamais réussi à lever l’immunité d’un seul député. Sous lui, c’est chose faite. Trois y sont déjà passés. Deux autres sont sur la braise et d’autres en attente.
Interpellé sur le rendement de la justice qui serait aux ordres, le chef de l’Etat a vivement protesté et argumenté. « Quand on a une justice caporalisée sous ordre, elle ne s’oppose pas aux réformes judiciaires. Je vous assure que la justice n’est pas instrumentalisée », certifie-t-il, en souriant. Pour lui, il faut que ceux qui gèrent la cité soient des modèles et c’est d’ailleurs pourquoi, dira-t-il, il a été institué le quitus fiscal. Autre sujet évoqué, la présence d’allogènes au sein du Conseil supérieur de la magistrature. Exemples et détails à l’appui, le président Talon a battu en brèche ces allégations et réaffirmé sa volonté de voir les acteurs de la justice répondre sans autre forme de protection au sein dudit Conseil, des faits qu’on viendrait à leur reprocher.

Des réformes politiques

« Ma volonté d’opérer des réformes politiques n’a pas obtenu l’assentiment des parlementaires. J’ai tiré les conséquences et j’ai dit que je ne passerais pas mon mandat à courir derrière une réforme constitutionnelle. Des réajustements sont nécessaires». Sur la question des réformes politiques, notamment la révision de la Constitution, le chef de l’Etat semble avoir déjà tourné la page. Non sans déception. Car pour lui, les parlementaires ont décidé des choses évidentes qui ne font l’objet d’aucune contestation. Hélas, se désole-t-il, 20 députés ont eu raison de 62 et cela, dit-il, c’est « un échec pour le Bénin entier » et non un échec pour sa seule personne. « Je suis déçu. Est ce que ces réformes valent référendum ? On va dépenser des milliards. J’ai choisi de ne pas user de cette faculté que m’offre la Constitution », déclare-t-il pour justifier son refus d’aller à la modification de la Constitution par voie référendaire. Ce serait un gâchis d’aller au référendum sur des questions relevant du ressort des parlementaires. Il n’est pas bien que les populations se substituent à nous dans ce choix », fait-il aussi remarquer, rappelant les gains qui résulteraient pour cette modification constitutionnelle qui ne touche pas au mandat du chef de l’Etat, mais offre une meilleure représentativité aux femmes tout en alignant les élections sur une même année. Cette dernière option lui tient particulièrement à cœur en raison des gains énormes que cela engendrerait pour les caisses publiques. Il s’agit ici de rationalisation et le débat sur cet aspect ne relève pas de l’intérêt d’un camp ou d’un autre, explique-t-il.

« Si on me montre que j’ai tort, je recule »

Au cours de cette émission, les journalistes se sont faits également les porte-voix du peuple, rapportant au chef de l’Etat, bien de choses qui se disent sur sa personne. Mais le président ne semble guère s’émouvoir du qu’en dira-t-on. « Le peuple béninois me connaît aujourd’hui. Je ne suis pas un obstiné. Je suis attentif à la critique. Je suis pour les critiques objectives pour mieux orienter les réformes. C’est vrai nous en demandons un peu trop à nous-mêmes et à nos concitoyens mais avons-nous le choix ? Je ne trouve aucune peine à l’insulte. Il ne faut pas souffrir des calomnies que certains déversent. 90 % de ce qui est dit sur moi, c’est de la calomnie », a soutenu et illustré le chef de l’Etat, évoquant tout ce qui est de lui, de sa méthode, de ses choix et de certaines de ses options, notamment en matière de gouvernance. « J’ai la volonté de rentrer autrement dans l’histoire de mon pays. Je ne déteste pas ce que je fais. Ce à quoi j’ai pu renoncer sans m’en rendre compte, je n’ai pas de regret… Ne baissons pas les bras et que chacun soit fier du Béninois qu’il est parce que nous sommes entrain de devenir un grand pays», lance-t-il fièrement.

« On n’ira plus soigner les bobos en France »

Les réformes dans le secteur de la santé, le président de la République en a également parlé au cours de l’émission. S’agissant du secteur de la pharmacie, il s’est réjoui de l’assainissement et promis pour bientôt, de beaux jours dans le secteur. A l’en croire, on peut désormais s’assurer que tout médicament payé au Bénin en vaut la peine. De la pharmacie à la médecine, juste un petit pas. Le temps de transformer la joie gagnée dans le secteur pharmaceutique en une énorme déception relativement aux prestations des médecins publics. « Ils ne donnent plus la contrepartie de leurs salaires », s’offusque le président Patrice Talon. Il ressort de ses explications que l’Etat a l’impression que le personnel médical est présent, ce qui n’est pas vraiment le cas. Les prestations des médecins publics le laissent sur sa soif, mais surtout sur une note d’amertume. D’ailleurs, tranche-t-il, le débat de l’inexistence du plateau technique est un faux argument. « Quel est le centre de santé privé qui dispose d’un plateau technique qui égale celui du public ? », s’est interrogé le chef de l’Etat pour qui, en réalité, le plateau technique accompagne le médecin de qui on attend un dévouement. « On a complètement perverti le système » avec des détournements de malades vers le privé. Bien d’autres maux du secteur ont été mis en exergue par le chef de l’Etat qui ne compte pas se limiter au secteur public. Même dans le privé, il compte y plonger un œil et y opérer des contrôles. « Ce métier ne peut pas être pollué à ce point. Nous sommes arrivés à un point critique du dysfonctionnement et de la moralité dans le secteur. Nous sommes tenus de prendre des mesures radicales », affirme-t-il.
Au sujet des évacuations sanitaires, il n’y est pas allé du dos de la cuillère pour dénoncer des combines préjudiciables aux caisses de l’Etat. « Nous avons décidé d’instaurer la transparence et la rationalité par rapport aux évacuations sanitaires. Nous venons de rapatrier plus de 600 millions F Cfa pour des provisions qu’on constituait dans des hôpitaux étrangers… Ceux qui veulent soigner leur bobo en France iront avec leurs propres moyens», prévient le chef de l’Etat.
Sans être pressé, le président Patrice Talon veut répondre aux défis et urgences surtout en ce qui concerne les besoins des populations qui, selon lui, ont besoin d’eau, d’énergie, d’éducation… Sauf que l’impatience ne va pas conduire dans la précipitation, laisse-t-il entendre. Il rassure par ailleurs que les semaines à venir verront la concrétisation de nombreux chantiers et projets dont les études sont bouclés et les financements trouvés. « Le Bénin va déjà mieux, ira mieux et demain la vie sera meilleure», promet-il.

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