Un pouvoir implique une grande responsabilité. Cette sagesse, les amateurs des aventures des super-héros de Marvel la connaissent bien. C’est à tout le moins l’essentiel de ce qu’il convient de retenir dans l’affaire dite ‘’Suspension du journal La Nouvelle Tribune’’.  Autant pour la HAAC que pour la presse, un pouvoir implique une grande responsabilité, chacun dans sa juste mesure.

Cela s’entend pour la HAAC d’assumer la sienne. Et la presse, de fait 4e pouvoir, de ne pas fragiliser la sienne par elle-même. Car, il ne suffit pas de déclamer, revendiquer, la liberté de presse, de brandir la liberté d’expression, encore faut-il assumer les responsabilités qui en découlent pour mieux mériter d’en jouir. Entendu que la liberté d’expression est un droit (inaliénable) humain, il va sans dire que ce droit ne va pas sans des devoirs connexes. Droits et devoirs, item du reste enseigné en journalisme, l’un ne va pas sans l’autre !

 

Droit et devoir

En l’occurrence, les notions de droit de la personnalité parmi lesquelles figurent le droit à l’image et le droit à la vie privée. Autant de droits très protecteurs qui appellent le journaliste à davantage de circonspection dans ses choix en matière de traitement de l’information. Ajouté à cela, les notions d’outrage et d’offense, protectrices des personnalités, et qui, il vaut mieux le savoir sont des notions à large spectre à l’instar de ‘’la raison d’Etat’’, non pas pour restreindre le champ de liberté du journaliste mais pour l’élargir en toute responsabilité. Ces droits autant que le droit à l’information du public sont des droits qui méritent égal respect.

Dans le cas d’espèce, il faut s’armer de si peu de courage pour admettre, en toute collégialité, que le journal La Nouvelle Tribune a berné, à en juger rien que sur les pièces produites par le président de la HAAC pour motiver sa mesure…conservatoire qui fait débat. Et vu l’ensemble des œuvres (en cause) de ce journal si peu défendable sur pièce du point de vue des règles journalistiques, il faut également convenir de ce que les associations professionnelles ont manqué à leurs obligations statutaires, en premier l’Observatoire de l’éthique et de la déontologie dans les médias (ODEM) doté des pouvoirs d’auto saisine et d’autorégulation ès qualité juge des pairs ; qui ne doit pas avoir perdu de vue ce qu’il convient de qualifier de dérives de La Nouvelle Tribune. Loin de toute auto flagellation, c’est pédagogique et intelligent de scruter le point de trébuchement plutôt que d’insister sur les failles du lieu de chute, selon un vieil adage du fond culturel béninois. On n’est jamais mieux servi que par soi-même, et c’est une marque d’amour que de dire la vérité à ses amis, semble-t-il.

‘’La  mission d’information comporte nécessairement des limites que les journalistes eux-mêmes s’imposent spontanément’’, édicte la Déclaration de Munich portant Charte des droits et des devoirs des journalistes, engageant ceux-ci au respect de la vérité, donc à ne pas donner valeur informative à leurs intimes convictions, à ne pas diffamer, à affirmer le respect de la personne, etc.

Le Code d’éthique et de déontologie béninois s’inspire largement de la Charte de Munich, et son respect scrupuleux ainsi que des règles journalistiques apporterait du crédit à la presse nationale qui s’illustre, hélas il faut le déplorer, de façon si peu orthodoxe qu’on ne la qualifierait pas sans lui attribuer des noms d’oiseau.

D’où les failles, d’où le président de la HAAC peut-il se permettre des mesures dites conservatoires. Se piquer au jeu de leur bien-fondé au point de vilipender l’autorité est vain. En raison de ce que, c’est bien l’autorité de régulation des médias ès qualité qui a pris ses mesures…conservatoires. La portée d’une telle décision, vu sous le prisme du droit et de la pratique (on parlera désormais de la jurisprudence Adam Boni Tessi), prend tout son sens lorsqu’elle est perçue comme une mesure provisoire, et comme telle, est dérogatoire. En d’autres termes, il n’est pas nécessaire qu’une telle faculté soit prévue par les textes régissant la HAAC (loi organique et consorts) ou les médias (Codes divers) en matière de régulation de la presse.

 

Procès en sorcellerie

Au-delà des condamnations factuelles, par principe, c’est donc un procès en sorcellerie qui est fait à Adam Boni Tessi, président de la HAAC. D’autant plus que, si l’on poussait un peu loin le bouchon, il n’est pas superfétatoire de soutenir que c’est bien la peine d’être président d’une institution constitutionnelle sans disposer de pouvoir dérogatoire, sans voix de prépondérance, de fait ou suivant les prérogatives prévues par les textes. Certes, une telle réflexion n’est pas pour plaire aux droits-de-l’hommistes, en tout cas, dans ce qui parait être leur jeu de rôle, à ces organisations de défense des droits humains, y compris certaines savantes gens qui, au Bénin, modulent leurs raisonnements en fonction des circonstances et des postures qu’elles veulent bien adopter au mieux de leurs intérêts de l’instant. Ceci, en méconnaissance (pour certains) ou par subtile feinte et mémoire sélective (pour d’autres) de ce que revêt le terme ‘’conservatoire’’, fut-il utilisé par extension par le président de la HAAC.

Alors, vouée aux gémonies par les bien pensants ces jours-ci, faut-il brûler la HAAC? Il faut aller chercher la réponse à cette interrogation dans une position soutenue par Vincent Delaporte à propos de ‘’mesures conservatoires’’ : L’idée de justice ne se réalise pas seulement de la sagesse des décisions juridictionnelles ; elle s’explique aussi dans leur rapidité et leur effectivité. Pour répondre aux attentes des justiciables las d’attendre trop longtemps des décisions qui, intervenues trop tard, sont dépourvues d’intérêt, le législateur moderne a tracé les voies procédurales d’une justice destinée à…prendre des mesures nécessitant l’examen de questions délicates mais que l’urgence ne permet pas de différer…pour prendre des mesures qui, sous la qualification de provisoires ou de  conservatoires, sont bien souvent décisives pour la solution finale…On objectera, et cela a été largement dit dans la polémique née de la suspension de La Nouvelle Tribune, que la HAAC ne saurait se substituer au Tribunal. Mais c’est perdre de vue que l’instance de régulation comme on l’appelle est habilitée à prendre des…décisions qui ont force exécutoire y compris des astreintes pour frapper tout contrevenant…

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