Les trois dernières confédérations et centrales syndicales encore en grève au Bénin ont suspendu leur motion. Et pour cause, elles disent avoir fait un repli tactique pour mieux réorganiser le milieu syndical béninois. L’annonce a été faite, ce lundi 7 mai 2018 à la presse.

Divisés et affaiblis, les derniers travailleurs encore en grève ont jeté l’éponge, ce lundi 7 mai 2018. Après trois mois et demi de grève et sans satisfaction, l’Union nationale des syndicats des travailleurs du Bénin (Unstb), la Confédération des organisations syndicales indépendantes du Bénin (Cosi-Bénin) et la Confédération syndicale des travailleurs du Benin (Cstb) suspendent à leur tour leur motion de grève. L’aboutissement du mouvement de grève des derniers résistants grévistes était visiblement hypothéqué, reconnaît Noël Chadaré, secrétaire général de la Cosi-Bénin et l’un des signataires de la déclaration de suspension.
Face à la réalité de la division et de la démobilisation au sein des mouvements syndicaux, les trois forces syndicales encore en lutte ont pris acte de « la situation objective de l’état du mouvement et de la volonté de la base de se réorganiser pour la poursuite de la lutte ». « Il ressort des dernières assemblées générales organisées, le vendredi 4 mai dernier, que la détermination dans les différents départements du pays s’est quelque peu émoussée et a besoin d’être renforcée dans un bref délai », souligne la déclaration lue par Désiré Sèmèvo, le secrétaire général adjoint de l’Unstb au nom des trois centrales et confédérations syndicales.
L’appel invite expressément tous les travailleurs encore en grève à reprendre le service dès ce mardi matin. Cette déclaration de suspension du mouvement de grève, en cours depuis novembre 2017 pour certains et janvier 2018 pour d’autres, exhorte les travailleurs néanmoins à rester mobilisés pour la poursuite de la lutte sous diverses formes pour la satisfaction de leurs revendications.
En revanche, elles lancent un appel au gouvernement pour la réouverture des négociations « dans un bref délai » pour trouver les solutions aux revendications légitimes des travailleurs.
Noël Chadaré, secrétaire général de la Cosi-Bénin, appuyant la déclaration reconnaît que « tout le long de la grève, il y a eu des défections. Et, ces défections ont eu un impact sur l’issue de la grève, ont affaibli le mouvement syndical et hypothéqué les chances de succès de la grève », Pour lui, ce n’est qu’un repli tactique face à l’option du pourrissement du gouvernement, espérant avoir à l’usure les travailleurs. « Nous avons déposé les armes, mais nous avons le doigt sur la gâchette », avertit-il d’un ton ferme. Aussi invite-t-il à cet effet, le pouvoir à profiter de la trêve pour régler les problèmes et engager les discussions pour trouver des solutions aux problèmes des travailleurs.
Noël Chadaré affirme qu’après analyse, les confédérations encore en grève ont convaincu les travailleurs de reprendre service, malgré la détermination des militants, dit-il, à poursuivre le mouvement et ce, bien que l’essoufflement était là. « Il faut s’arrêter et mieux nous réorganiser pour éviter qu’on conduise tout le monde à l’abattoir », souffle-t-il avant de fustiger l’indifférence du pouvoir.

Quelques acquis de la grève

La déclaration note qu’il y a cependant des acquis à l’issue de cette grève. Elle mentionne, entre autres, la résistance des travailleurs des différents secteurs en grève aux différentes menaces et intimidations du pouvoir visant à les décourager et les démobiliser. Pour la Cosi-Bénin, la Cstb et l’Unstb, la décision de la Cour constitutionnelle N°Dcc18-01 du 18 janvier 2018 qui a définitivement consacré le droit de grève comme droit absolu à l’article 31 de la loi fondamentale, constitue une grande victoire. Mieux, ces syndicats exhibent comme trophée de leur détermination, la signature des décisions d’admission définitive des enseignants agents contractuels de l’État (Ace) de la promotion 2008 en formation dans les différentes écoles normales supérieures et le démarrage timide de leur reclassement.
La suspension de la motion de grève des trois derniers résistants fait suite à celle de l’Union nationale des magistrats du Bénin, (Unamab) intervenue le 4 mai dernier. Avant les magistrats, le Front d’action des syndicats de l’éducation avait déjà appelé à la reprise des cours, le 23 avril dernier. Ses secrétaires généraux avaient suivi la Confédération des syndicats autonomes du Bénin (Csa-Bénin), la Confédération générale des travailleurs du Bénin (Cgtb) et la Centrale des syndicats unis du Bénin (Csub) qui ont, quant à elles, suspendu la motion, le 9 avril drnier. Mais la première confédération à opter pour le dégel est la Centrale syndicale du privé, public, parapublic et informel du Bénin (Cspib) qui depuis le 28 mars dernier, n’était plus en mouvement. L’Intersyndicale de la maternelle et du primaire (Imp) avait ouvert le bal de la suspension de la motion, le 20 mars dernier, suivi de l’Intersyndicale des enseignants du supérieur

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