L’organisation non gouvernementale African Park Network a signé, le 16 juin 2017, l’accord de siège qui l’établit en République du Bénin. Presque un an après, elle imprime ses marques à la réserve animalière de la Pendjari. Plein d’espoirs, Jean-Marc Froment, représentant résident de l’organisation au Bénin entrevoit son contrat avec optimisme et rassure sur le devenir du parc.

La Nation : Quel était l’état des lieux du parc Pendjari à votre arrivée ?

Jean-Marc Froment : Quand nous sommes arrivés, nous avons vu un très beau parc, quelque chose qui était exceptionnel actuellement en Afrique. J’ai été personnellement très impressionné par le potentiel qu’il y avait au niveau de ce parc mais nous avons vu aussi une pression de braconnage qui était relativement importante et une des problématiques de gouvernance du parc. Une problématique qui était importante également donc, c’est cela qui nous a amenés à faire certaines propositions au gouvernement en ce qui concerne la gestion.

Fort de ce constat, vous avez dû prendre des mesures urgentes. Lesquelles ?

Les premières actions que nous avons initiées avec le gouvernement, c’est au niveau de la protection. Nous avons mis en place le cadre pour former la brigade spéciale pour les parcs nationaux, et de là, nous avons commencé à former les premiers Rangers. Cette première promotion est déjà déployée et a commencé ses activités pour la préservation du parc. La deuxième chose que nous avons entamée, ce sont des échanges et une réflexion avec les communautés sur comment développer la relation avec le parc en termes de développement et de rôle du parc dans le développement de la région. La troisième chose, c’est que nous avons commencé l’acquisition des équipements de base qui étaient importants. Nous avons acheté un avion pour une surveillance aérienne du parc tous les jours et mis en place un dispositif. Actuellement, nous avons une base opérationnelle : nous avons nos véhicules qui sont arrivés de manière que nous puissions gérer les premières opérations de sécurisation du parc. Nous avons commencé aussi à mettre des colliers aux éléphants afin de suivre leur déplacement à l’intérieur du parc pour pouvoir les préserver.
Nous essayons de mieux comprendre aussi les populations de lions. Le lion est une espèce qui est devenue très rare en Afrique de l’Ouest. On pense qu’il en reste entre 250 et 400. Donc c’est devenu une espèce extrêmement rare. Il est important de savoir comment elle se déplace, où elle se situe, de manière à comprendre ses mouvements et la dynamique de sa population.
L’espèce emblématique de ce parc reste l’éléphant qui est une espèce très belle, très recherchée en Afrique. Il n’y a que l’Afrique qui ait de ces grands éléphants. On a également une espèce qui est très menacée qui est le guépard. C’est une espèce dont il doit rester seulement quelques dizaines en Afrique de l’Ouest. Donc, on a une responsabilité importante de sauvetage des espèces. Après, nous avons les antilopes, les buffles, les cobs et bien d’autres que nous essayons de préserver. Le parc de la Pendjari avec le Wap le dernier grand ensemble sauvage de l’Afrique de l’Ouest. Son rôle dans la réhabilitation d’autres réserves dans le futur est essentiel. C’est ici qu’on va garder les espèces, les multiplier et éventuellement les réintroduire dans d’autres aires protégées en Afrique de l’Ouest. Donc, la responsabilité de la Pendjari est énorme.

African Park Network a-t-il prévu de la translocation comme ce fut le cas dans d’autres parcs ?

Le gouvernement nous a demandé de voir dans la mesure du possible comment réintroduire d’autres espèces. Donc, nous sommes en train d’analyser notamment le rhinocéros noir, la girafe qui est présente actuellement uniquement au Niger. C’est une lourde responsabilité. On verra aussi des possibilités de réintroduction d’autruches. On cherchera aussi le statut des lycaons qui sont des chiens sauvages et qui ont disparu.

Tout cela induit sans doute des investissements, surtout financiers ?

Sans argent, on ne pourra pas être opérationnel. Mais du fait de la valeur de ce parc, je pense qu’il est possible d’attirer l’attention de donateurs, d’instituts et d’organisations internationales pour sa préservation et je pense que la recherche de financement sera toujours un effort possible. Actuellement, le coût du fonctionnement du parc est d’environ 21 millions de dollars sur cinq ans et quasiment la grande partie de ce financement a été déjà trouvé pour les cinq prochaines années. Donc la deuxième chose, c’est que l’Afrique a énormément de richesses sur place et on va essayer de valoriser ses richesses. Pour assurer le fonctionnement et la pérennité de ce parc, on va essayer de voir comment entrer en partenariat avec des hôtels et rentrer dans le concept du « Bénin révélé » et essayer de générer des financements, de ne plus dépendre des donateurs et de réduire la dépendance du parc. C’est là l’une de nos stratégies.

Le gouvernement béninois vous a déjà fait un important appui, semble-t-il !

Nous avons reçu 6 millions de dollars pour les cinq prochaines années. Cette approche a fortement aidé la recherche de financement. C’est un engagement important. Aucun Etat ne nous avait, jusqu’à présent, remis un montant aussi important pour pouvoir démarrer un projet d’une telle envergure et cela nous a énormément aidés en termes de recherche de financement.

Votre organisation a signé pour dix ans. Qu’espérer à terme ?
Au terme des dix ans, ce que nous envisageons, c’est d’abord le braconnage zéro. Qu’il n’y ait plus du tout de braconnage. C’est un élément important. Donc, la population animale aura doublé. Nous y tenons. En dehors de la population des éléphants, du fait de la lenteur de la reproduction, toutes les autres espèces, nous pouvons les doubler. La deuxième chose, c’est de disposer d’un produit touristique fort, d’une stabilité du parc de manière à ce que des investisseurs touristiques puissent venir de manière à contribuer à son expansion économique et s’intégrer dans la région pour voir comment son développement économique peut créer des emplois à la périphérie du parc et s’intégrer dans la vie économique et sociale du parc?

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