Plus d’un an après leur rapatriement par les autorités algériennes, les ressortissants béninois, pour la plupart provenant de la commune de Djougou, attendent toujours l’assistance de l’Etat. Désœuvrés et vivotant au jour le jour, ils plaident pour leur réinsertion sociale.

« Voilà treize mois que je suis à Djougou sans aucun travail. Je suis carreleur mais où est le travail ? » Révolté, Wahab Akim a l’air perdu dans ses pensées quand on lui parle de sa situation depuis son retour au bercail. Expulsé d’Algérie en décembre 2016 à l’instar d’autres ressortissants de Djougou, il avoue son incapacité à faire face au quotidien. A 25 ans, il considère son retour sur la terre natale comme un échec. Difficile pour lui de traîner à longueur de journée, sans rien faire. En compagnie de ceux qui sont devenus par la force de l’aventure ses amis. Des rapatriés qui peinent tout comme lui à se réinsérer socialement. 

Couturier, Abdoulaye Abdul Rachad, du haut de ses 20 ans, considère son rapatriement comme une symphonie inachevée, lui qui caressait le vœu de changer l’univers de ses proches a vu l’aventure en terre algérienne prendre fin avec la décision du gouvernement algérien d’expulser 896 migrants subsahariens parmi lesquels on compte 84 Béninois dont 64 issus du département de la Donga. « On ne nous payait pas comme il fallait mais nous n’avions aucune autre opportunité. Au pays on était condamné à végéter dans la misère », se rappelle-t-il, tout en ayant une pensée pour sa mère dont le commerce de tisane a, en partie, servi à financer son voyage sur les terres d’Algérie après moult péripéties. Depuis leur retour, les rapatriés d’Algérie ne savent pas à quel saint se vouer. Aucune assistance de l’Etat béninois. Si ce n’est celle d’Abdoulaye Bio Tchané qui a mis à leur profit la somme de 3 millions de francs Cfa. « Même si nous avons reçu chacun 12 500 F Cfa, il nous revient d’être reconnaissants à cette personnalité pour nous avoir tendu cette main secourable », indique Osséni Issiaka Bilalou très remonté contre les autorités communales. Passé le temps de les recenser, la mairie de Djougou s’est éclipsée sans la moindre attention pour eux. Une indifférence que n’adoube guère la soixantaine de rapatriés.
« Nous sommes des miraculés d’un voyage vers l’inconnu parce que nous n’avons aucune alternative. Sur le trajet, de nombreuses personnes ont péri dans le désert; à ceci il faut ajouter l’hostilité d’une population prête à vouer aux gémonies les étrangers, surtout les Noirs soumis aux violences policières. Nous avons tout perdu en Algérie, surtout que nous n’avons pu rien emporter avec nous. Mais à quoi assistons-nous depuis notre retour ? Nous sommes laissés pour compte », déplore Wahab Akim.
Condamnés à faire n’importe quel labeur dans leur pays d’accueil, ces rapatriés ont été embarqués manu militari dans des camions sur leur lieu de travail pour un retour dans leur pays dans des conditions bien déplorables. Si la plupart admonestent ce coup de force du gouvernement algérien, ils ne sont pas prêts à accepter cette indifférence de l’Etat béninois. « Nous avons librement décidé de faire ce voyage parce que nous n’avions pas eu mieux chez nous et les conditions de vie actuelles montrent à souhait que nous n’avions pas eu tort d’aller en aventure. Grâce à cette expérience, nous avions pu subvenir aux besoins de nos parents restés au village et c’était un soulagement pour nous, et la commune devrait être solidaire à notre sort car à travers notre soutien nous avions contribué à résorber un problème social. Que les autorités nous assistent aujourd’hui n’est pas immérité », indique Osséni Issiaka Bilalou, passionné de football exerçant dans les Btp au pays d’Abdelaziz Bouteflika.
Du côté de la mairie de Djougou, aucune autorité ne se résout à évoquer le sort réservé à ces rapatriés. Toute tentative visant à les joindre a été vaine.
Les expulsés exigent que lumière soit faite par ailleurs sur la gestion des fonds mis à leur disposition par le président de l’Alliance pour un Bénin triomphant (Abt). Ils n’arrivent pas à s’expliquer cette part congrue à eux réservée, en attendant un éventuel altruisme des pouvoirs publics?

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