Les travailleuses de sexe œuvrent à assainir leur secteur pour se valoriser au Bénin. Au-delà de leur corps qu’elles ‘’vendent’’, elles s’activent également dans le social à travers l’Ong
Solidarité-Bénin dont Mabelle A. est la présidente. Elle explique dans cette interview leurs difficultés et les efforts d’assainissement faits pour mieux recadrer l’exercice du plus vieux métier du monde au Bénin.

La Nation : Vous répondez au nom des travailleuses de sexe du Bénin, pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier ?

Mabelle A. :C’est le destin qui m’y a conduite. J’ai choisi de défendre désormais la cause de mes pairs à travers une association.

Le travail de sexe nourrit-il la femme ?

Ce travail est de moins en moins rentable et ne permet pas de satisfaire aux besoins. Il ne permet pas de couvrir toutes nos charges. Le Bénin est encore loin de certains pays africains dans ce domaine.

Qu’est-ce qui justifie la mise en place de votre association ?

Avant la création de l’association, la plupart des travailleuses du sexe étaient ignorantes des maladies sexuellement transmissibles. Elles n’allaient pas à l’hôpital et étaient laissées pour compte. Elles m’ont confié qu’elles avaient peur d’aller à l’hôpital parce qu’elles craignaient le Vih/Sida.
Dans le cadre des sensibilisations, je cherche à comprendre les raisons qui poussent les femmes à intégrer notre cercle. Certaines y vont suite à l’abandon de leur mari ou au décès de celui-ci. Et, ne pouvant pas bien se prendre en charge financièrement, elles se lancent dans ce genre d’activité afin de subvenir aux besoins de leurs enfants. Les femmes deviennent travailleuses de sexe pour avoir de l’argent et gagner leur vie.Nous sommes présentes un peu partout dans le pays. Dans le métier, il existe les lesbiennes, les homosexuelles et les bisexuelles. Nous arrivons à les reconnaître facilement.
Nous avons mis en place l’association pour mieux nous connaître et mieux nous défendre. Il faut connaître les problèmes des unes et des autres pour mieux les aider. C’est comme cela que les femmes ont commencé par adhérer à l’association.
Nous faisons également un peu du social afin de venir en aide aux nécessiteuses. Car, il y en a parmi nous qui manquent parfois du minimum pour assurer le repas journalier de leurs enfants. Nous prenons en charge les frais de fournitures scolaires des enfants de certaines parmi nous. Il en est de même de la formation professionnelle de leurs enfants dont nous assurons les frais d’apprentissage afin qu’ils ne soient pas abandonnés à leur sort.
Il y a beaucoup de cas sociaux dont on est informé. Nous travaillons de concert avec les chefs quartiers qui nous soumettent parfois des problèmes que nous sommes contraintes de résoudre. Avec notre association, nous recherchons les familles de certaines femmes, qui disparaissent sans trace ou qui décèdent.

Quelles sont les actions que mène votre association en direction des travailleuses de sexe ?

A travers les sensibilisations, j’essaie de leur faire comprendre l’importance des tests liés aux maladies sexuellement transmissibles. J’use souvent de stratégies qui me permettent de les conduire au dépistage. Je les encourage à aller faire le dépistage systématique. Quand une femme est malade, elle reçoit les soins et les médicaments gratuitement. Je les sensibilise sur la nécessité pour elle de bien utiliser le médicament pour être en bonne santé. Lorsqu’elles ne suivent pas bien les conseils du docteur, elles subissent les conséquences de leurs actes. Je ne cherche pas à comprendre ce qu’une patiente et le docteur se disent lors des consultations. Mon rôle, c’est de leur rappeler les rendez-vous médicaux.

Comment gérez-vous les risques liés à votre activité, notamment la question du Sida ?

L’association apprend aux travailleuses de sexe à utiliser le préservatif pour mieux vivre leur vie sexuelle. Ainsi, celles qui ne sont pas infectées, arrivent à bien se protéger des maladies sexuellement transmissibles. Elles comprennent l’importance du préservatif. Nous faisons souvent l’essentiel pour répéter et ramener au dépistage celles qui fuient.

Quel est le regard social sur votre activité ?

Au départ, les gens se moquaient de nous. Nous étions mal vues. Mais, de plus en plus, beaucoup comprennent que ce sont les circonstances de la vie qui conduisent plusieurs femmes à ce métier. Par exemple, des hommes ont perdu leur job et des femmes font ce métier pour les nourrir. Certains maris emmènent même leur femme sur les sites.

Quelles sont vos difficultés ?

Aujourd’hui, beaucoup de mineures intègrent le milieu à cause du manque de moyens financiers. D’autres s’y adonnent facilement du fait de la consommation de la drogue et d’autres stupéfiants. Mais, la Brigade des mœurs veille au grain. Nous travaillons à sortir les mineures du milieu, en les sensibilisant sur la nécessité pour elles, d’aller à l’école ou d’apprendre un métier. Nous voulons que les gens nous viennent en aide pour réussir ce combat. Il y a également des femmes qui donnent de faux noms et en cas de difficultés, il est souvent difficile de les aider.

Là où les travailleuses de sexe exercent, le banditisme sévit également. Comment arrivez-vous à collaborer avec les brigands ?

Les travailleuses de sexe sont souvent côtoyées par les bandits qui les utilisent parfois pour opérer. C’est pourquoi, elles vivent en insécurité permanente. L’association conseille aux femmes d’exercer sur les sites pour éviter ces problèmes. Parfois, elles sont battues par les bandits ou arrêtées par la police. La collaboration n’est pas toujours facile.

Avez-vous conscience qu’il s’agit d’une activité illégale ?

Les lois béninoises ne nous interdisent pas de faire notre job mais elles ne nous autorisent pas non plus à opérer aux abords des voies. La législation béninoise interdit surtout notre exposition et celle des mineures.
Quels sont vos projets ?

Nous voudrions que le gouvernement s’occupe de nous. Que les structures qui s’occupent de la santé des femmes s’intéressent à nous en nous dotant des préservatifs et des moyens pouvant nous permettre d’exercer en toute quiétude. Nous voulons qu’on nous construise des sites pour éviter que les travailleuses de sexe s’exposent aux bords des voies. Ce qui serait bien pour leur sécurité quand les clients viendront les chercher. Sur les sites, les clients déposent leur carte d’identité avant de partir avec les travailleuses ; ce qui est bien pour leur sécurité. Nous avons donc besoin de financements pour assainir davantage le secteur.

Souhaiteriez-vous laisser la relève à l’une de vos enfants ou proches ?

Je ne peux jamais accepter que ma fille ou ma sœur intègre ce milieu. Ce n’est pas un job à souhaiter à quelqu’un. C’est pourquoi je me bats pour l’épanouissement des femmes et de leurs enfants.
Personne ne peut aimer ce job à moins qu’elle soit inconsciente. Vous savez que toutes les religions interdisent ces genres de choses. C’est pourquoi, il y a des restrictions pour la pratique du job, car avant tout la femme est un être qui doit vivre décemment.

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