Le chef de l’Etat, le président Patrice Talon, a reçu en audience, au Palais de la Marina, ce mercredi 7 février, une délégation du clergé Catholique béninois. Les échanges ont porté, entre autres, sur des sujets relatifs à l’actualité nationale.

Six évêques et deux prêtres, composent la délégation de la Conférence épiscopale conduite par son président Monseigneur Victor Agbanou et qui a échangé ce mercredi avec le président Talon.
Au prime abord, monseigneur Victor Agbanou a remercié le chef de l’Etat pour la tenue de l’audience et lui a formulé, au nom de la Conférence, des vœux de bonne et sainte année 2018.
Abordant les sujets relatifs à la situation sociale, les évêques ont dit qu’ils sont sensibles à la fronde sociale qui paralyse certains secteurs de la vie nationale. Ils se réjouissent du dialogue social renoué. Au sujet de la corruption, les évêques souhaitent que la lutte contre ce fléau se poursuive et soit inclusive.
Ils ont saisi l’occasion de cette rencontre pour rassurer le président de la République que la dernière déclaration de la Conférence n’avait aucun sous-entendu. Ils ont précisé que les commentaires qui découlent de cette déclaration n’engagent que leurs auteurs et que les évêques ne s’y retrouvent pas.
Par ailleurs, le chef de l’Etat a bien voulu livrer les sentiments qui sont les siens au sujet du dernier communiqué de l’Assemblée plénière des évêques du Bénin. A ce propos il a souligné que si le rôle de l’Eglise est de veiller, la subtilité du langage peut nourrir ou servir la polémique si l’on n'y prend garde. Pour le président Patrice Talon, c’est un honneur et un plaisir de les recevoir.
Il leur avoue que, comme eux, son cœur a désiré cette rencontre depuis de longs mois. Mais se console de ce que l’attente longue cède la place à un plaisir d’autant plus grand. Dans les échanges, le président Patrice Talon a remercié ses hôtes pour l’action de l’Eglise dans la société et leur a également exprimé ses vœux de paix au Bénin comme dans le monde, car, dira-t-il, « La grâce de vie s’apprécie davantage dans un environnement apaisé ». Aussi dit-il apprécier leur souhait que la paix sociale règne dans notre pays.
Ensuite, le président de la République a tenu à expliquer que, tout catholique qu’il soit, il a fait le choix, en raison de ses fonctions actuelles, de ne pas donner trop de visibilité à l’expression de sa foi religieuse parce que le pays est laïc, que les pouvoirs sont laïcs et que l’appartenance des élus à des courants religieux devrait rester dans le domaine privé.
C’est donc la peine au cœur, avoue-t-il, qu’il fait l’effort de ne pas trop afficher son désir de manifester sa foi. Là-dessus, il rassure de sa volonté d’œuvrer à la paix entre les confessions religieuses, qui se valent toutes, car Dieu n’a pas de religion mais toutes les religions tendent à rapprocher de Dieu.
Au cours des échanges, le président Patrice Talon a tenu à marteler sa peine d’entendre certains membres éminents du clergé catholique répandre qu’il n’est plus un fidèle de l’église catholique, qu’il a renoncé à sa foi pour s’affilier à l’église de Gbanamè. «Oui, insiste le président de la République, ma famille et moi-même restons fidèles à notre foi catholique et la vivons. Mais j’ai le devoir de protéger tout le monde et de considérer que toutes les expressions de foi se valent ». D’ailleurs, il annonce qu’il répondra aux demandes d’audience de diverses confessions religieuses au nom de la laïcité, au nom de son devoir d’être au service de tous. Ceci, tout en martelant : « Je suis catholique sans réserve, même si de par mes fonctions je suis laïc ».
Comme à ses habitudes, c’est à un langage de vérité que le chef de l’Etat s’est livré avec ses interlocuteurs. Chose confortée par ses propos sur la crise sociale. C’est vrai, dit-il, qu’il faut préserver la paix sociale. Mais à vouloir le faire au sacrifice des efforts et des exigences du pays, nous allons plutôt compromettre l’avenir. Avoir peur des difficultés du moment et ne rien faire, c’est contribuer au chaos. Mais les affronter courageusement, c’est préparer la paix durable.
« Ce que je fais ne doit surprendre personne puisque je l’ai annoncé pendant ma campagne. J’ai dit que notre pays a besoin de réformes. C’est ce que je fais. », insiste Patrice Talon
Aussi demande-t-il à ses hôtes de prier pour lui afin qu’il ait le courage d’aller au bout des réformes, afin qu’il ne se laisse pas emballer par la quête du populisme, des applaudissements des compatriotes.
En outre, si l’Eglise déplore le pouvoir de l’argent, c’est juste ,dira le président Patrice Talon qui ajoute que « l’argent a un pouvoir dévastateur, qu’il a tout perverti. Il faut donc corriger cela». Ainsi, enchaîne-t-il, le manque dont certains se plaignent aujourd’hui n’est-il pas le signe que les choses sont en train de changer? Les gens sont toujours payés pour leur travail, personne n’a été dépouillé de ses biens. Le président de la République laisse entendre : «Nous sommes tous coresponsables de la situation dans laquelle le pays s’est retrouvé, moi y compris. Mais pourquoi ne devrais-je pas saisir l’opportunité de mes fonctions pour réparer? J’en ai une envie démesurée. Je voudrais retourner l’ascenseur. Pas en donnant à l’Eglise ma fortune, pas en donnant à mes concitoyens ma fortune pour régler les peines d’un instant mais en œuvrant à montrer que le développement est possible, que la situation peut changer, que les inégalités peuvent être corrigées».
S’agissant de son opinion sur la jouissance débridée du droit de grève, qui a motivé la réforme récemment querellée, le président Patrice Talon note : «On ne peut pas utiliser la vie comme moyen de chantage, de négociation. C’est disproportionnés car la vie n’a pas de prix. » Sur ce, il convie l’Eglise catholique, qui a souvent été artisan des grandes mutations sociétales, à sensibiliser les uns et les autres.
Divers autres sujets relatifs à l’actualité ont été abordés au cours de la séance qui a pris fin avec une prière pour le pays et ses dirigeants. Les parties ont salué l’ambiance cordiale, la profondeur et l’élégance du langage?

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