Entouré de cinq ministres, le président de la République, Patrice Talon a rencontré comme annoncé, ce mardi 6 février, au Palais de la Présidence, les leaders des centrales et confédérations syndicales. Ont également pris part à la séance, le président du Conseil économique et social, et celui du Conseil national de Dialogue social.

Démarrée à 17 h, la séance s’est achevée à 22 h, soit cinq heures d’échanges.
D’entrée, le chef de l’Etat rappelle avoir souhaité et planifié de recevoir les partenaires sociaux plus tôt, mais que son agenda ne l’avait pas permis. Il a aussi précisé qu’il ne s’agit pas de nouvelles négociations et que ses ministres ont tout pouvoir pour le faire car ils connaissent bien la situation. Mais il a invité ses interlocuteurs à échanger en toute simplicité et courtoisie et sans état d’âme, signe qu’il était prêt à discuter de tout.
Le ministre d'Etat chargé du Plan et du Développement (Mepd), Abdoulaye Bio Tchané, a été alors invité à faire le point des négociations avec les centrales et confédérations.
Ce point fait, le président de la République a dit noter que les revendications et les mouvements de grève ont connu un pic à la suite du vote de la loi sur le droit de grève. Là-dessus, il a indiqué que chaque acteur, dans le jeu démocratique, devrait connaître son rôle et celui des autres, puisque la Constitution et les lois définissent le cadre d’exercice des prérogatives de chacun. Ainsi, dira-t-il, quand l’Exécutif et le Parlement prennent des décisions en exerçant leurs prérogatives, ils font le jeu démocratique.
De même, quand la Cour a dit que les réformes étaient contraires à la Constitution, les règles de la démocratie veulent que le gouvernement et l’Assemblée s’inclinent.
Ainsi, dans la même veine, souligne-t-il, si la Cour avait dit le contraire, les syndicats n’auraient aucune raison de poursuivre la grève. Une grève qu’ils n’auraient jamais dû déclencher pour ce motif.
Sur la question des libertés individuelles et collectives brandie par les syndicalistes avec comme illustration, la sanction du capitaine Trèkpo et les poursuites contre Mètongnon, le chef de l’Etat a démontré que l’Administration joue sa partition, sur la base des textes et que la justice fait son travail. Ce que les syndicalistes ont compris même si certains d’entre eux pensaient que la procédure de la sanction a été biaisée. En tout cas, ils plaident pour que la radiation ne soit pas maintenue, car la sanction a déjà eu son effet pédagogique sur lui, assurent-ils.
Pour d’autres, les syndicats sont fâchés parce que la charte du dialogue social n’est pas respectée. Pour eux, le président veut aller vite parce qu’il est pressé d’atteindre les résultats. Mais, suggèrent-ils, il a la possibilité de faire dix ans s’il le désire. Et donc, modérer le rythme des réformes. C’est donc pour se faire entendre, disent-ils, qu’ils sont allés en grève.

Responsabilité partagée

Pour le président de la République, on est certainement tous responsables de la situation dans laquelle se trouve le pays, à un titre ou à un autre. Mais ce n’est pas une raison pour que, étant dans les fonctions qui sont les siennes aujourd’hui, il ne fasse rien pour changer les choses.
Ensuite, le président de la République va se livrer à une véritable pédagogie sur la nécessaire répartition équitable des ressources au profit des plus nombreux, qui contribuent pourtant aussi à la richesse nationale. Et de se demander si ceux-là, dont les impôts servent à payer les salaires, ont leur part de service public auquel ils ont droit. Pour lui, les Béninois les plus démunis, les plus vulnérables contribuent aussi à la mobilisation des ressources nationales.
Sur la question des rémunérations, Patrice Talon a martelé que contrairement aux rumeurs, aucun ministre ne gagne 16 millions par mois. Au contraire, on a rationalisé les rémunérations, a-t-il expliqué. Avant, les gens gagnaient un salaire apparemment faible mais assorti de plein de primes et/ou de bons d’essence. In fine, le salaire pouvait se chiffrer en plusieurs millions. Or, souligne le chef de l’Etat, aujourd’hui nous avons supprimé les bons d’essence y compris pour les ministres, les collaborateurs à la Présidence. Mieux, les efforts sont faits pour réduire le train de vie de l’Etat depuis deux ans, a-t-il fait observer.
Et quand on lui reproche de ne pas consulter les partenaires sociaux, le président de la République concède : « C’est vrai que je suis pressé et je ne consacre pas toujours du temps aux échanges du genre… mais je veillerai à les multiplier. Je suis un homme pragmatique ».
Ce disant, il rassure aussitôt qu’il y a des réformes pour lesquelles il n’est pas forcément indiqué d’impliquer les partenaires sociaux. Cas du droit de grève pour lequel toute discussion préalable avec eux serait compromettante pour eux auprès de leurs bases. Puis le chef de l'Etat souligne que les réformes engagées le sont pour le bien des populations en général et des plus vulnérables en particulier. Là-dessus, après avoir démontré la pertinence de la réforme du droit de grève, il a invité les syndicalistes à considérer que ce motif de leur grève ayant disparu, la grève est devenue sans objet ; et les a exhortés à reprendre le travail.

Le populisme est la chose la plus dangereuse pour une nation

Puis le chef de l’Etat de marteler : « Le populisme est la chose la plus dangereuse pour une nation. Ne conduisez pas vos dirigeants dans le populisme. Faisons les efforts d’aujourd’hui pour le mieux-être de demain… »
Pour convaincre de la nécessité de ne pas prendre des décisions sur la base du populisme et en période où la sérénité n’est pas de mise, le ministre de l’Economie et des Finances, Romuald Wadagni, a étayé les propos du chef de l’Etat en révélant que le gouvernement supporte actuellement 104 milliards F Cfa d’engagement pour des décisions antérieures à son avènement, prises en situation d’absence de sérénité. «Nous ne voulons pas prendre des actes pour créer des dettes pour le futur », laisse entendre le chef de l'Etat.
Il pousse ensuite la réflexion : si on prend des engagements aujourd’hui pour payer des dizaines de milliards dans le cadre des statuts particuliers des enseignants du primaire et du secondaire, pourra-t-on recruter les 7000 nouveaux agents pour le secteur en 2018 ?
Le président Patrice Talon rassure : «Nous ne remettons pas en cause les statuts particuliers. Les travaux se poursuivront et ce qui fera l’objet de consensus sera appliqué».
«Aujourd’hui, on n’a pas les moyens de prendre des engagements pour 700 milliards sur dix ans. Mais nous respectons nos engagements. Depuis que nous sommes là, chaque fois qu’on s’est engagé à faire quelque chose, on l’a fait. C’est pourquoi, il ne serait pas responsable de prendre des engagements illusoires», poursuit-il. Et il insiste encore sur le fait que tout point de revendication qui fera l’objet d’un consensus sera appliqué.
En somme, la séance s’est déroulée dans une ambiance courtoise, où la fermeté, la détermination étaient au rendez-vous.
Les leaders syndicaux ont remercié le chef de l’Etat pour la démarche et saluent la tenue de la rencontre. En retour, le président de la République les a salués pour leur disponibilité et a souhaité que les discussions reprennent dans les ministères sectoriels.
Le président Patrice Talon a, peut-on dire, pris l’engagement à appliquer tout accord qui obtiendrait le consensus.
Quant aux responsables syndicaux, ils ont promis d’aller faire le point à leurs bases pour conduite à tenir?

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