Vivement le scénario Alafia en l’an 2018 que le président Talon veut mordicus de grâce pour le Bénin.

 

Par la force des choses, un personnage public ne peut être jugé que sur parole, un homme politique ne peut être jaugé qu’à l’aune de ses engagements et actions. Point d’autres possibilités, à moins d’être un fouille-poubelles, un paparazzo, dont le propre est de déterrer ce qui dans le fond ne relève que du domaine privé.

Sur ce registre, un verbatim du président Patrice Talon serait plus qu’édifiant, tant il a dit de choses structurantes et posé les jalons y afférents. Et pour peu qu’on l’ait entendu avec l’oreille de la raison par amour du Bénin, à défaut de l’oreille du cœur si l’on se refuse d’être des groupies de Patrice Talon, on ne peut guère s’étonner de ses inclinations, des actions de son gouvernement : chose dite, chose faite, tel est le luxe que se permet le régime du Nouveau départ contrairement à l’idée énervante selon laquelle « les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient ».

 

Exit la politique de l’autruche !

A la vérité, il y a longtemps qu’au Bénin, gouvernement est vu aussi en phase avec ses engagements et, se voulant réaliste, refuse la politique de l’autruche en mettant si nécessaire le doigt sur le mal, pour mieux le diagnostiquer et y apporter les remèdes idoines.

Dans cette perspective, dans son dernier discours sur l’état de la nation, comme dans d’autres qui l’ont précédé, le président Talon a indiqué les résultats projetés pour courant 2018, le tout assorti d’échéances claires.

Encore que ce discours, qui s’est voulu pédagogique, en réponse à des interrogations qui ne devraient plus être, est une répétition, à bien des égards, d’autres prononcés en campagne ou dès sa prise de fonction, pour indiquer le cap. Car, nul besoin d’avoir une mémoire d’éléphant pour savoir qu’il ne s’est engagé à ce que le commun des Béninois appellerait « résultats » que pour 2018. La réflexion devant précéder l’action. Et à moins de disposer de la poudre de perlimpinpin pour réaliser un miracle, le check up du patient Bénin le destine du reste au billard pour une intervention délicate comme dirait tout bon chirurgien.

 

Il faut peut-être remonter à la gouvernance Derlin Zinsou pour oser une comparaison. Comme le président Emile Derlin Zinsou, Talon se refuse à tout « populisme facile aux retombées pourtant si immédiates » et ose des réformes courageuses longtemps différées, par ses prédécesseurs, souvent par faiblesse de déplaire à quelque lobby ou pour plaire à un autre, voire conforter des intérêts inavouables.

Raisonnablement, le Bénin ne peut pourtant plus se permettre de faire la politique de l’autruche, de fuir la table d’intervention chirurgicale, de différer certaines réformes au risque d’entériner ce que Patrice Talon appelle « le suicide collectif ».

 

Du scénario Alafia

Ces réformes, si pourtant nécessaires, ne peuvent prospérer que si les Béninois regardent dans la même direction et confortent celui qui les porte courageusement pour le bien de tous, en faisant fi de tout a priori, et en donnant le bénéfice du doute au gouvernement dont les actions ne devront échapper pour autant à des critiques objectives.

Tel n’est malheureusement pas le cas, et force est de le noter, au regard des vagues à l’âme que l’on observe chez une certaine classe politique, et au sein de l’opinion habituée aux ‘’mesurettes m’as-tu vu’’, au saupoudrage pour cacher le mal au sujet duquel Patrice Talon a pu dire : « Ne comptez pas sur moi pour avoir honte de votre maladie ».

 

A l’analyse, l’état d’esprit actuel de certains Béninois est conditionné par les brefs de bistrots, dans un contexte sociologique tout acquis aux commérages et aux rumeurs. Lesquels brefs de bistrots sont amplifiés par les réseaux sociaux sous la férule de ce que le chef de l’Etat a pu justement appeler les laborantins de l’intoxication. Dans ces conditions, on ne peut s’étonner de certains haut-le-cœur si souvent infondés et de récriminations résultant de ce conditionnement qui cèdent davantage à une certaine faiblesse de l’esprit qu’à la raison à laquelle beaucoup se refusent d’ailleurs actuellement.

La raison intime, en effet, à intégrer dans toute appréciation objective, que la conjoncture économique actuelle n’est pas générée pas le gouvernement actuel qui a du reste hérité d’un lourd passif que d’aucuns s’amusent à banaliser. La raison intime que, quelque soit son génie, aucun gouvernement n’aurait produit meilleurs « résultats », au regard de la situation au Nigeria dont le Bénin est un appendice, économiquement s’entend. La raison intime, non pas de baisser la garde politique ou la veille citoyenne, mais de faire preuve, si l’intérêt reste véritablement le Bénin, non pas de mansuétude à l’endroit du gouvernement, mais à tout le moins de bienveillance à son égard, quitte à apprécier ses résultats à terme, suivant le calendrier auquel il a consenti pour agir.

Une telle disposition des esprits aurait le mérite de surseoir à l’atmosphère délétère voire toxique actuelle, très corrosive de l’unité nationale. En tout cas, elle aurait le chic de moins perturber l’action gouvernementale pour des broutilles (scénario waxala), qui pourrait auquel cas travailler en toute sérénité, car comme dit la strophe de l’hymne national «…plus fort dans l’unité chaque jour à la tâche…Pour la postérité construisez sa relâche… ». C’est le moins qu’on puisse former comme vœu pour 2018, année d’espérance pour le Bénin, selon le verbatim du président de la République. C’est le scénario Alafia. Le seul qui vaille la peine d’ailleurs.

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