Au nombre des grandes décisions prises par la Conférence nationale souveraine, figure le maintien de Mathieu Kérékou au poste de président de la République. 

Il aura désormais comme premier ministre, Nicéphore Dieudonné Soglo, un cadre de la Banque mondiale élu le 27 février 1990 par ses pairs délégués à la Conférence.

Le dimanche 27 février 1990, il y avait une intense émotion dans la salle de conférences du Plm Alédjo. Monseigneur Isidore de Souza, irréprochable dans la conduite des débats, a d’abord invoqué la puissance divine sur les travaux et demande à chacun des participants de se recueillir selon sa foi. Puis il lance le vote pour le poste de Premier ministre de la transition. 

Seul candidat au poste, Nicéphore Soglo, qui avait conduit les travaux de la commission des affaires économiques, obtient 360 voix pour sur 430. Un choix qui procède sans doute, selon certains analystes, de l’exhortation plusieurs fois adressée par le président Mathieu Kérékou aux participants de donner la priorité à la résolution des problèmes économiques.
Certains témoins des assises ont rapporté qu’à la quatrième journée de la Conférence, Nicéphore Soglo qui, jusque-là n’était qu’un simple délégué avait déjà montré sa bonne maîtrise des données économiques du pays. Il aurait été interpellé et même pris à partie par le président Kérékou qui lui reprochait de n’avoir pas aidé son pays alors qu’il était administrateur à la Banque mondiale, rapporte des participants à la Conférence.
Mais en bon technocrate, il a eu la répartie facile : « qu’il vous souvienne, M. le président de la République, que j’ai été le premier en 1979 à attirer votre attention sur la situation alarmante de l’économie béninoise que l’on ne saurait redresser sans recourir au Fmi et à la Banque mondiale. Malheureusement, je n’ai pas été écouté et la situation a eu le temps de s’empirer avant la signature des accords intervenue seulement en 1989. »
Au terme de son allocution et en guise de prière avant de faire face à sa nouvelle mission, Nicéphore Soglo a eu recours à un vers d’Aimé Césaire, un de ses auteurs préférés :
« Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie.
Comme le poing à l’allongée du bras.
Faites- moi commissaire de son rang.
Faites-moi dépositaire de son ressentiment.
Faites de moi un homme de terminaison.
Faites-moi l’exécuteur de ses œuvres hautes.
Voici venu le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme. »
Un texte accueilli, dans la salle par un tonnerre d’applaudissements.
Le nouveau Premier ministre sera à la tête d’un gouvernement de transition dont les membres ne devraient dépasser 12 à 15. La durée du mandat de la transition a été d’un an.
Progressivement toutes les institutions ont été mises en place, la Loi fondamentale qui prévalait jusque-là a été suspendue. Le Bénin vivra désormais le multipartisme intégral. Un nouveau président a été élu en mars 2001. Il s’appelle Nicéphore Soglo.

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