Le peuple béninois a confié sa destinée pour les cinq prochaines années au président Patrice Talon. L’homme d’affaires a été porté au pouvoir le 20 mars dernier par une coalition dite de «Rupture». Avant que les résultats officiels ne soient proclamés par la Cour constitutionnelle, mêmes ses opposants qui l’ont combattu durant toute la campagne électorale, lui font déjà un appel de pied. Le cas le plus surprenant est celui du Parti du renouveau démocratique (PRD). Qu’est-ce qui peut expliquer la démarche et à quoi ressemblera prochainement l’échiquier politique national?

La déclaration, mardi 22 mars, des responsables du Parti du renouveau démocratique (PRD) d’accompagner le nouveau président de la République élu, Patrice Talon, dans la gestion des affaires de l’Etat, a jeté un effet de frisson dans le pays. Dans l’administration, les maquis, et autres bistrots, ce volte-face des «Tchoco-Tchoco» nourrit toutes les conversations. Nombreux sont ceux qui n’arrivent pas à comprendre comment ce changement de veste a pu s’opérer aussi rapidement. La célèbre phrase : « Désormais le PRD ne fera plus l’Opposition. C’est pourquoi nous avons fait le choix responsable de soutenir le candidat Lionel Zinsou», prononcée par le leader de cette formation politique maître Adrien Houngbédji, il y a seulement quelques semaines, continue de sonner dans la tête des Béninois. «Nous-mêmes, nos enfants réussiront désormais aux concours». Mieux certains responsables ont proclamé un KO. «KO+ KO = KO », ont-ils soutenu, depuis cette nuit du 12 janvier, dernier jour de dépôt de dossier de candidature pour la présidentielle à la CENA où les Béninois ont découvert stupéfaits, un agencement des logos du PRD, des FCBE et de la RB au profit du candidat Lionel Zinsou. C’est désormais une alliance dite républicaine qui porte le candidat de la continuité. Calculatrice en main, ils ont effectué toutes les additions possibles. Le nombre de députés de chacune de ses forces politiques est vite calculé de façon arithmétique. Hélas ! au finish, les fruits n’ont pas donné la promesse des fleurs. Même si les résultats sortis des urnes au premier tour ne sont pas rassurants, les partisans de la continuité espéraient tout de même face à une coalition de la Rupture qui s’élargissait sans cesse, finalement «rompre définitivement avec… la continuité».

Plusieurs raisons

Pourquoi, juste après l’annonce des grandes tendances, le PRD que tout forçait à faire l’Opposition, malgré lui, s’est-il empressé de «faire allégeance au nouveau maître»? A y voir de près, plusieurs raisons peuvent expliquer ce revirement brusque voire brutal.
D’abord le Parti du renouveau démocratique est coutumier des faits. Déjà en 1996, alors que tout le peuple l’attendait du «bon côté» à l’époque c'est-à-dire aux côtés» du président Nicéphore Soglo pour l’aider dans la continuité, l’Arc-en ciel de la capitale s’est retrouvé l’à où ses intérêts à lui l’ont guidé. Il a préféré la rupture en s’alignant au général Mathieu Kérékou. La suite de leur collaboration ou cohabitation (c’est selon) a fait long feu. La Primature taillée spécialement à la mesure du leader du PRD n’avait été, en réalité, qu’une coquille vide. «Un Premier ministre kpayo », se moquaient certains dans le temps. Mieux, le PRD que toutes les forces politiques du pays ont sué eau et sang pour porter au perchoir le 19 mai 2015 pour la septième législature, a emprunté le raccourci et n’a même pas daigné piper mot à ses propres militants avant d’aller rejoindre armes et bagages les alliés du régime qu’il qualifiait autrefois de ventilateur.
Outre cela, il y a bien ce que le citoyen lambda appelle le réalisme politique. Voilà un parti politique qui avait déjà annoncé les couleurs bien avant la compétition électorale. Sa position a été on ne peut plus nette. « Le PRD ne fera plus l’Opposition ». A lire entre les lignes on peut être tenté de comprendre que : « vainqueur avec le camp Lionel Zinsou ou pas nous allons nous arranger pour être proche de la table du festin ». Autrement dit, « quel que soit le vainqueur, je suis à ses côtés ». Peu importe la démarche, peu importe également les interprétations. Et sur ce point les responsables de ce parti semblent avoir raison. Puisqu’en politique, il n’y a que les intérêts, aiment à répéter les politiciens.

Bataille pour sa survie

On peut également dire que le PRD mène une bataille pour sa survie. La désobéissance à ses consignes de vote peut être un signal fort à lui envoyé par ses militants. Alors qu’il y a quelques mois seulement, ils lui ont permis de revenir au devant de la scène politique avec une dizaine de députés.
Aujourd’hui, au vu de la nouvelle donne que constitue la «Rupture», les FCBE, en réalité, n’attendent que d’être libérés à partir du 6 avril prochain, où il n’y aura plus leur mentor, pour entonner collectivement ou individuellement le requiem de ce mouvement. Ainsi vive les jeux de couloirs et les changements de vestes pour aller gonfler le camp du nouveau maître! Si cela survenait, il ne restera alors que la RB et son colistier PRD dans l’Opposition. Et dans ces conditions, les esprits malins qui murmurent une probable destitution de la deuxième personnalité de son perchoir pour cause d’«ingratitude» pourront alors mettre cette idée à exécution. Ce qui, probablement passera comme une lettre à la poste. Vu que la mouvance aurait déjà assez d’adhérents. On peut donc déduire aisément que le PRD a, sur ce point, été prévoyant en anticipant sur les faits. Ce parti vient confirmer qu’en politique prononcer le mot « impossible » est souvent difficile


Un simple appel de pied !

En tout cas, beaucoup avancent dans les discussions qui ont cours dans le pays actuellement que le PRD n’a fait qu’un appel de pied en félicitant le nouveau président. Et qu’au-delà de tout, il faut que ce parti reste dans l’Opposition pour jouer le jeu démocratique nécessaire pour la vitalité de la démocratie béninoise.
Mais là encore, il y a problème, soutiennent certains politologues. Ils arguent que le nouveau président de la République soutient avoir l’intention de faire un seul mandat et de procéder à de grandes réformes dans le pays. Or, ce sont des chantiers qui ne pourront aboutir qu’avec toutes les grandes forces politiques du pays. Car, une réforme constitutionnelle a besoin absolument d’elles à l’Assemblée nationale. Les textes exigent un vote des 4/5 des députés pour qu’un référendum soit approuvé.
C’est dire donc qu’à défaut d’Opposition radicale, la carte politique nationale sera recomposée avec une balance déséquilibrée au profit de la Mouvance. Ce qui, certainement, ne laissera peut-être la place qu’à une « Opposition de participation». Vivement donc que les réformes trouvent une solution à la pléthore de partis politiques et à la transhumance politique dans le pays! ¦¦

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